Dialogue: qui a besoin, à propos de quoi et pourquoi dialoguer ?

A propos du dialogue et au-delà des problèmes de personnes.

Par Yahia Bounouar

A chaque fois que le régime est dans une impasse, il ressort l’histoire du dialogue. Souvenez-vous du fameux dialogue de Karim Younes qui a fini par donner l’instance de fraude des élections.
Revenons à la situation actuelle: qui a besoin du dialogue? Pourquoi dialoguer et à propos de quoi?


Le régime avait une carte, les élections, qui pour lui était la carte maîtresse, la carte qui réglerait définitivement ce qu’il appelle « la crise ». Il l’a joué a fond. Il a mis tous les moyens pour réussir : emprisonnements par centaines, répression, menaces et intimidations, il a verrouiller comme jamais les médias, bloquer Almagharibiya, bloquer la quasi-totalité des sites d’informations, etc…
Problème : cette carte, sa dernière, cette carte décisive s’est retournée contre lui. Le 12/12 qui devait lui permettre de montrer au monde qu’il contrôlait la situation s’est transformé en une gifle mondiale. Les algériens sont sortis massivement manifester et les images ont fait le tour du monde. La presse mondiale parle de « mascarade » de « farce », « d’illusion », de « fraude du moyen-âge » etc.. A tel point que les dirigeants occidentaux, pour ne pas passer pour des guignols devant leurs opinions publiques, ne peuvent même pas faire les félicitations diplomatiques habituelles. Les manifestations massives du vendredi 13/12, le lendemain de la mascarade, ont achevé l’image du régime.
Coincé, isolé, moqué par le reste du monde, le régime ressort la même histoire du dialogue. Non pas pour trouver une solution, il n’en veut pas mais juste pour sortir de l’impasse dans laquelle il s’est lui même enfermé avec l’échec total de sa dernière carte, les élections.
Alors, pourquoi aller dialoguer pour lui permettre de retrouver une meilleur position? Pourquoi lui tendre la main au moment où nos frères et sœurs croupissent dans ses geôles? Pourquoi lui donner l’occasion de sortir de son isolement alors qu’ils répriment sauvagement les manifestants pacifiques? Au contraire, il faut poursuivre et amplifier la mobilisation, multiplier les formes de contestation, lui signifier, une fois de plus, que le pays réel lui échappe totalement et au bout du compte, l’obliger à céder.
Nous avons le temps, ils ne l’ont pas. Ils sont dans une très mauvaise position, pas nous. La patience, la persévérance et la détermination sont les clés de la réussite. Inutile donc de s’empresser et de se précipiter. Le temps de la négociation, et non pas du dialogue, viendra ensuite, comme un fruit mûr.

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