Kameleddine Fekhar: Le «Ghandi» de Ghardaïa

Je l’avais rencontré en mars 2013. Voilà le portrait que j’avais fait de lui à l’époque.
Kameleddine Fekhar. militant de la LADDH. Le «Ghandi» de Ghardaïa :
Kameleddine Fekhar se définit comme journaliste indépendant, militant pour la démocratie et pour les droits de l’homme. Son combat s’articule autour de trois axes principaux : développement, citoyenneté et identité. «Nous sommes triplement lésés : en tant que communauté ibadite, en tant qu’amazighs et en tant que citoyens», explique ce médecin de l’hôpital de Ghardaïa, qui a été suspendu de son poste pour son activisme politique depuis 2004 à ce jour.


Natif de la vallée du M’zab, il adhère au FFS en 1998 et ne quittera ce parti qu’en 2010 : il lui reprochait un coupable rapprochement avec le pouvoir. Le carcan d’un parti politique étant devenu trop étroit, il rejoint la Ligue algérienne des droits de l’homme et crée un bureau à Ghardaïa. Le harcèlement policier et les tracasseries judiciaires, Kameleddine Fekhar les connaîtra à partir de 2004. Cette année a vu la grève des commerçant de Ghardaïa dégénérer en émeute suite à la répression brutale des forces de l’ordre.
Il est emprisonné pendant cinq mois avec, au-dessus de la tête, comme une épée de Damoclès, le risque de la peine de mort ou de la prison à perpétuité. Arrêté de façon brutale en 2009. Les services de sécurité essaient de lui coller sur le dos une accusation pour l’envoyer en prison. Il aurait commandité l’incendie d’un véhicule de la police en payant un pauvre bougre drogué et alcoolique quatre millions de centimes. «C’est tout ce que vous avez trouvé cette fois-ci ? », dit-il aux policiers.
Ni le ridicule de l’accusation ni le déni de son accusateur qui reviendra sur son fallacieux témoignage ne l’empêcheront de subir un contrôle judiciaire pendant deux ans. «Ils te mettent tout le temps sous pression psychologique et psychique pour te pousser à abandonner la lutte», affirme-t-il. Fekhar est accusé de «kabyliser» le M’zab. «Le pouvoir a régné par la peur à travers son appareil sécuritaire. Nous avons une base militante solide, loyale et consciente des risques qu’elle encourt», déclare-t-il.L’une des revendications de Fekhar et de ses compagnons de lutte est l’officialisation du rite ibadite considéré comme un héritage culturel et religieux inaliénable.

«Nous nous considérons comme une minorité religieuse qu’il faut protéger», dit Fekhar. D’autant plus que, selon lui, un nouveau courant religieux fataliste se répand assez vite dans la région. Ses adeptes expliquent qu’il ne faut se révolter ni contre son sort ni contre ses responsables politiques. Il faut se suffire d’accomplir ses devoirs religieux.
Une aubaine pour le pouvoir qui n’en demandait pas tant et qui encourage donc ce courant qui fabrique des citoyens décérébrés. Le bureau de la Ligue des droits de l’homme à Ghardaïa compte près de «300 militants actifs». Signe que cette culture de la lutte pacifique se répand doucement mais sûrement, des villes comme El Menîa demande l’ouverture de leur propre bureau. Les événements de 2004 qui ont embrasé la région ont cassé le mur de la peur. Kacem, un militant que nous avons rencontré, explique que Ghardaïa était une ville morte politiquement.
«Nous menons plusieurs combats. Pour le développement local, la promotion de la citoyenneté et la sauvegarde de notre identité mozabite. Nous ne devons pas perdre nos valeurs et nos traditions», dit-il. «C’est un travail de pédagogie que nous effectuons, car la notion de citoyenneté n’existe pas vraiment. Avant 2004, le pouvoir était vu comme un ogre qu’on ne pouvait affronter», explique le docteur Fekhar. Présent à Ouargla au rassemblement des chômeurs, Kameleddine Fekhar pense que cette démonstration est une véritable leçon pour tous les partis politiques qui ont perdu le sens du travail de terrain. Et ce terrain, justement, vient de parler, encore une fois.
Djamel Alilat

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