LES DESIRS DU GENERAL SONT DES ORDRES !

LES DESIRS DU GENERAL SONT DES ORDRES
(extrait d’un article du journal Le Monde )

Ahmed Gaïd Salah, nommé par Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’état-major en 2004, a ensuite été promu, en 2013, vice-ministre de la Défense, le président de la République détenant symboliquement le portefeuille de la Défense. Ce titre « civil » de vice-ministre valait en fait reconnaissance de l’autorité réelle du premier des « décideurs », ainsi que sont désignés en Algérie les détenteurs militaires du pouvoir effectif, alors que l’impotence du président était déjà manifeste. Le général Gaïd Salah poussa à la réélection de Bouteflika pour un quatrième mandat en 2014 et trancha en faveur d’un cinquième mandat en 2019, tant cette présidence de façade était confortable pour les « décideurs » militaires. Ils n’en furent que plus surpris du déclenchement, le 22 février 2019, d’un vaste mouvement de contestation populaire, appelé en arabe « Hirak ». Gaïd Salah, après avoir tenté d’imposer malgré tout la candidature de Bouteflika, le 3 mars, dut contraindre le chef de l’Etat à former un nouveau gouvernement, le 31 mars, puis à démissionner, deux jours plus tard.

L’intérim de la présidence est assumé par Abdelkader Bensalah, un proche de Bouteflika, pour un mandat constitutionnel limité à 90 jours. Mais les cortèges qui traversent toute l’Algérie, vendredi après vendredi, avec en écho les marches étudiantes du mardi, exigent une authentique transition démocratique. L’élection présidentielle prévue le 4 juillet est reportée sine die faute de candidats. L’opposition met en avant toute une série de propositions de sortie de crise, afin d’éviter le vide constitutionnel qui sera constaté à l’expiration du mandat de Bensalah, le 9 juillet. Gaïd Salah balaie ces propositions pourtant constructives, impose le maintien de Bensalah à la tête de l’Etat comme président de fait, tout en tenant un discours de plus en plus menaçant à l’encontre des manifestants, assimilés à la « bande » du président déchu. Une ébauche de dialogue tourne court durant l’été devant la détermination du chef d’état-major à défendre coûte que coûte le statu quo: le 3 septembre, Gaïd Salah, en tournée d’inspection dans le Grand Sud, juge « opportun de convoquer le corps électoral le 15 septembre » en vue d’un scrutin présidentiel avant la fin de l’année.

PARTAGER