Les Emirats arabes unis, le coffre fort du pouvoir algérien !

Forte des liens financiers tissés avec les clans au pouvoir en Algérie, la monarchie pétrolière émiratie oeuvre dans les coulisses pour favoriser l’instauration d’un régime fort en Algérie. A l’égyptienne.

Principaux alliés de la monarchie séoudienne et interlocuteur privilégié de l’administration Trump au Moyen Orient, les Emirats arabes unis (EAU) ont été à l’origine, ces dernières années, d’une diplomatie extrêmement agressive, mais jamais proclamée et toujours dissimulée. Cette discrétion légendaire des Emirats contraste avec la stratégie médiatique de leurs frères ennemis du Qatar. Lesquels, lors du printemps arabe, ont toujours proclamé haut et fort leurs choix diplomatiques pour le meilleur et pour le pire.

Une machine à cash

On a vu le prince héritier et ministre séoudien de la Défense, Mohamed ben Zayed Al Nahyane, surnommé MBZ, à l’oeuvre en Egypte lorsque les Emirats ont soutenu en 2013 le coup d’Etat du maréchal Sissi et en Libye, où le maréchal Haftar n’a rien à lui refuser. La diplomatie émiratie est également très active en Tunisie, où elle intrigue pour mettre fin au processus démocratique né du départ du général Ben Ali en 2011. Les EAU sont présents également au Soudan et tout récemment en Mauritanie, où le président Aziz ne refuse pas leurs avances et leurs gâteries. Dans la guerre sanglante du Yémen, les troupes des EAU interviennent avec une brutalité inégalée. Ce qui vaut à MBZ lune plainte à Paris pour « complicité de crime de guerre » déposée par six citoyens yéménites.

Devenue une formidable machine à blanchir l’argent sale, la monarchie pétrolière s’est toujours montré accueillante, ces dernières années, pour abriter, dans ses banques de Dubaî ou d’Abou-Dhabi, les comptes discrets de nombreux dirigeants du monde arabe, maghrébin et africain.

Grace aux liens étroits qu’ils ont tissés aussi bien avec le clan Bouteflika mais ausis avec le chef d’état major, Gaïd Salah, les Emiratis jouent un rôle particulièrement trouble mais décisif dans la crise que traverse aujourd’hui l’Algérie. Le seul objectif de cette monarchie rétrograde est de freiner le mouvement populaire algérien et d’oeuvrer en Algérie en faveur d’un régime musclé, comme celui du maréchal Sissi en Egypte.

Un tweet en forme d’aveu

« Les Emiratis tombent, les Boutef tombent aussi ». « Attention aux trois diables: la France, les Séoudiens et les Emiratis, les plus sournois ». « Nous disons aux Emirats, ne surfez pas sur la vague ». Les manifestants qui défilent en masse, chaque vendredi, dans les principales villes algériennes ne sont pas dupes du jeu trouble de leurs « frères » du Golfe. De nombreuses banderoles dénoncent l’ influence néfaste des émiratis, leur penchant pour la corruption et leur alliance avec le camps Bouteflika.

Voici quelques jours, un échange de tweets entre deux conseillers influents des monarchies pétrrolières dévoilait les intentions cachées du pouvoir émirati. Turki Al Hammad, l’éminence grise du Premier ministre séoudien, Mohamed Ben Salmane, dit MBS, est un universitaire connu dans l’ensemble de la péninsule d’Arabie pour son ouverture d’esprit. Au lendemain des manifestations du 8 mars en Algérie et des annonces qui vont suivre, cet intellectuel libéral est impressionné par la présence féminine et le rôle déterminant de la femme dans les mobilisations algériennes. Ce dont témoigne le tweet qu’il rédige alors. « Le retrait de Boueflika est constructif, mais l’institution militaire va-t-elle en faire autant ?  C’est la question la plus importante ».  Ce qui lui vaut une réplique immédiate d’Abdel Khaleq Abdellah, un des principaux sherpas du prince héritier émirati MBZ : « L’armée ne partira pas, seule compte la stabilité de l’Algérie. Ce n’est pas le moment pour un retrait des militaires ».

L’aveu est de taille. Le pouvoir émirati fait confiance à Gaïd Salah pour maitriser la colère populaire. Ce n’est pas un hasard si, lorsqu’il rentre précipitamment des Emirats lors des premières manifestations de rue en Algérie, le chef d’état major, sur un ton martial, met en garde les manifestants sur les risques de troubles et soutient ouvertement le camp présidentiel.

L’échange sur internet des deux sommités de la péninsule arabique provoque un déchainement de tweets. On voit s’opposer partisans et opposants de l’implication des Emiratis et de leurs alliés séoudiens dans les politiques internes des pays arabes. Des opposants égyptiens, turcs, mais aussi marocains et mauritaniens dénoncent explicitement l’ingérence des EAU dans la crise algérienne. Du moins jusqu’à ce que les deux tweets qui ont mis le feu aux poudres disparaissent d’internet, l’aveu que l’intusion des Emirats dans la politique algérienne est un sujet plus que d’actualité.

L’idylle entre Bouteflika et les Ben Zayed

L’étroitesse des relations  entre Abdelaziz Bouteflika et la dynastie des Ben Zayed est un secret de polichinelle. Elle remonte aux années 1980 lorsque les Emiratis accueillaient le futur président algérien en pleine traversée du désert et arrondissaient ses fins de mois. Parvenu aux affaires en 1999, Bouteflika n’est pas amnésique.

Certes, sur le plan diplomatique, Abdelaziz Bouteflika conservera comme président une indépendance certaine vis à vis des monarchies pétrolières. Le président algérien a toujours refusé de choisir entre les frères ennemis du Golfe et a su, malgré sa proximité historique avec les Ben Zayed maintenir des relations cordiales avec le Qatar. En Libye et en Tunisie, Alger se montre favorable à des solutions de compromis avec les Frères Musulmans contrairement au positionnement guerrier des EAU/

En matière industrielle et finacière en revanche, cette prudence n’aura pas été de mise. La présence des Emiratis en Algérie doit tout à l’arrivée de Bouteflika au pouvoir en 1999.

Ainsi, les Emiratis qui ont une stratégie constante de conquête des installations portuaires à travers le monde se sont vu octroyer le marché de la gestion du Port d’Alger en un temps record, alors qu’il s’agit d’un secteur stratégique dans la gestion des flux commerciaux qui fut longtemps la chasse gardée des services de renseignement de l’ex DRS. Le pouvoir algérien a confié, dans un deuxième temps, à un groupe émirati, la Sraem, présidée par Mohamed Al-Cheebane, un proche de MBZ, l’essentiel du marché du Tabac. Cet homme d’affaires choyé à Alger occupe à l’année une suite royale à l’hotel Sheraton où il reçoit beaucoup.

D’après des sources de Mondafrique, le puissant groupe gazier algérien, la Sonatrach, a créé en 2008 une banque aux Emirats. Un capital de deux milliards de dollars, qui s’est depuis perdu dans les sables, a été attribué à ce qui apparait comme une coquille vide. Sans doute ces fonds étaient destinés à aider les EAU à affronter la grave crise immobilière qui eut lieu dans ces années là.

Le flirt avec Gaïd Salah

Le clan Bouteflika n’est pas le seul à disposer quelques entrées à Abou Dhabi. Le patron de l’armée algérienne, Gaïd Salah, fort des onze milliards de commandes d’armement chaque année, est fort bien reçu aux Emirats. C’est sur une injonction de Bouteflika en 2012 qu’une coopération militaire s’instaure entre les deux pays. La monarchie pétrolière tape l’incruste dans un projet de coopération entre l’ANP (Armée Nationale Populaire) et le groupe allemand Mercedes Benz pour produire des blindés « NIMR ». Le Groupe Emirati Tawazun conclut ainsi un accord avec le Groupement pour la promotion de l’industrie mécanique (Epic-Gpim) du ministère algérien de la Défense nationale.

Cet accord ne répondait pas aux options stratégiques de l’ANP avec l’industrie militaire allemande soucieuse d’élargir la coopération à d’autres domaines complémentaires, notamment la Marine. Aucun haut gradé n’avait eu le courage de contester des oukases présidentiels mettant en danger les intérêts stratégiques et de défense.

Dans la foulée de ces petits arrangements industriels, les banques émiraties abritent les modestes économies de nombreux oligarques algériens, qui se chiffrent en centaines de millions de dollars. On note la présence fréquente aux Emirats d’Ali Haddad, patron des patrons mais surtout tirelire du clan Bouteflika, ou des frères Kouninef, le plus fidèles alliés et complices du frère du Président, Saïd Bouteflika. On note que la famille et les proches du chef d’Etat Major, Gaïd Salah, dont son petit fils Adel, ont également pris racine dans ce paradis fiscal exemplaire.

Autant de liens financiers opaques tissés à Dubai et à Abou Dhabi qui pourraient contribuer à expliquer l’unité de façade qui existe depuis le début des mobilisations populaires en Algérie, entre le clan Bouteflika et le patron de l’armée algérienne, Gaïd Salah.

 

In Modafrique

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