Cher Ali Benflis, tendez l’oreille…

Avez-vous entendu ces voix rageuses qui sortaient, ce 34e vendredi de révolte, des poitrines d’un peuple en colère ? « Relâchez nos fils et prenez ceux de Gaïd Salah ! », « Nous sommes prêts à entrer en prison ! », « Ya Gaid, il n’y aura pas de vote ! » Ce sont les voix du courage et de la détermination, les voix de la résistance, les voix des fils d’une patrie outragée, des voix qui bravent les menaces de Gaïd Salah et de ses relais, des voix qui ne s’éteindront pas, jamais plus.

Tenez-vous à devenir le Brutus d’une magnifique révolution ? Quelles sont donc, diable, ces raisons « supérieures » qui vous poussent à rivaliser, dans le mépris du peuple, avec les personnages que vous combattiez hier ? L’ambition ? La conviction de pouvoir servir la patrie en dépit des doutes ?

Il arrive certes, qu’un homme ait raison contre tout le monde. Mais dans le cas présent, c’est Benflis qui veut avoir raison contre Benflis.
C’est Benflis aveuglé par la perspective des ors présidentielles qui cherche à entraîner dans l’indignité le fils du chahid, car c’est bien de cela qu’il s’agit : vous fermez les yeux sur les humiliations qu’on vous a infligées.
Aucune des conditions que vous avez posées n’a été honorée : vous avez exigé
« l’adoption de mesures de confiance et d’apaisement », ils ont, au contraire multiplié les actes de terreur, jeté des dizaines manifestants prison. On ne vous a pas entendu protester, ne fut-ce que pour sauver la face et protéger votre parole. Ils ont même emprisonné un vieux maquisard de l’âge de votre père s’il avait survécu, peut-être même un compagnon d’armes, sans que vous ne réagissiez ! Vous avez exigé « le départ du gouvernement », ils l’ont, au contraire, renforcé. Quel président feriez-vous avec si peu de considération pour votre parole ?
C’est bien vous qui avez déclaré que l’élection présidentielle et la voie plus réaliste à la condition que soient réunies les conditions politiques, institutionnelles et un environnement favorable » Nous en sommes très loin, convenez-en. Pourtant vous maintenez votre candidature avec la pleine conscience que vous êtes en train de légitimer un scrutin suspect qui n’apportera aucun progrès pour le pays.
Vous le savez, si vous ou l’un des compétiteurs agréés venait à être élu, il le sera contre la volonté du peuple, il gouvernera sans grande légitimité, sans soutien populaire, un président faible dans un pays complètement déstructuré, qui va négocier sa survie, nettoyer la place et qui aura besoin d’un chef d’État fort et jouissant de l’appui des Algériens.
Bien entendu, cette faiblesse sera noyée dans ce singulier langage politique conçu pour que les mensonges paraissent vrais et les crimes respectables, et pour donner à du vent l’apparence de la solidité.
Nous avons suffisamment connu cela durant les 20 ans de Bouteflika pour savoir que le vent n’engendre que le vent. Ne postulez pas à la cérémonie des Césars du meilleur bouffon.
Le peuple veut entrer dans une nouvelle époque. A défaut de l’accompagner, ne vous mettez pas au travers de sa route.

Par #Mohamed #Benchicou

PARTAGER