Mohamed Lamari, le chanteur originaire de Makouda n’est plus!

Nous le savions malade ces dernières années, très fatigué selon les membres de sa famille. Effectivement, il manquait au rendez-vous quotidien au Tantonville, café qu’il adorait et fréquentait depuis ses débuts dans la sphère artistique.

Mohamed Lamari, la légende de la chanson moderne algérienne s’en est allée discrètement lui qui a toujours vécu dans le faste et l’exubérance. Il ne passait pas inaperçu, lui qui était déjà star très jeune. L’enfant terrible de La Casbah, originaire de Makouda, dans la wilaya de Tizi-Ouzou a été le chanteur de charme des années 50 à 90 et a même continué à séduire son public durant les années 2000 lors de soirées hommage à ses amis artistes. En dépit de la présence des jeunes talentueux chanteurs, c’était toujours lui qui réussissait à chauffer la salle du Théâtre national algérien. C’est que Mohamed Lamari adorait chanter plus que n’importe quel autre chanteur algérien. Pour preuve, il était capable de vous chanter a capella en plein public dans une terrasse d’un café où au détour d’une ruelle. Il aimait cet exercice où il excellait. Il avait du métier et du coffre comme on le dit dans le milieu de la chanson. Nous avons été témoin de ses performances sur scène et nous n’étions pas surpris et une fois, il nous a chanté dans sa voiture et les vitres ont vibré tellement sa voix était puissante. Le grand reporter Halim Mokdad écrivait un jour que les applaudissements qui accompagnaient le tour de chant de Lamari étaient attendus avant de conclure «depuis le temps qu’il chante celui-là et c’était pourtant en 1968 à Belcourt. Mohamed Lamari avait de la classe des grands artistes. Il avait su conserver ce statut d’artiste qui donnait envie aux autres de venir agrandir la sphère artistique algérienne. Elégant, il l’a toujours été, il avait ses costumes achetés en Europe. Il ne voyageait qu’en première classe même si cela lui coûtait plus cher. Il avait toujours son cigare quand il prenait son café au Tantonville et se faisait un malin plaisir de payer avec des billets tous neufs échangés à la Banque d’Algérie. Il nous disait que sa mère adorait les billets neufs et qu’il aimait lui faire plaisir. Lamari était généreux et aimait partagerun bon plat avec ses amis artistes. Mohamed Lamari est né sur scène et ne parlait que de nouveaux projets et il en avait des masses. A sa femme qui lui demandait de prendre sa retraite, il lui répondait qu’elle voulait sa mort. «Sans la chanson, je suis mort !» Il a chanté l’amour et la révolution, il a interprété des chansons engagés et avait fait des duos avec notamment la grande Myriam Makaba. Personne ne peut nier qu’il possédait une voix extraordinaire. Il a fait plusieurs tours du monde grâce à la chanson et a chanté devant plus d’une cinquantaine de chefs d’Etat.
Le Ténor de la Casbah nous quitte. Le monde de la culture est en deuil.
Abdelkrim Tazaroute

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