ON NE GOUVERNE PAS UN PAYS COMME UNE CASERNE !

ON NE GOUVERNE PAS UN PAYS COMME UNE CASERNE

Extrait d’un article du journal Le Monde

Jamais l’intervention du patron des forces armées n’avait été aussi brutale. A la suite de son injonction, les institutions se mettent en ordre de bataille, révélant de manière criante leur absence de légitimité populaire et leur soumission aux « décideurs » militaires. Le 9 septembre, le Conseil des ministres tient sa première réunion formelle depuis la démission de Bouteflika. Bensalah en préside les travaux mais, à peine prononcée son allocution d’ouverture, il passe la parole au « vice-ministre » Gaïd Salah, qui s’exprime donc avant le Premier ministre en titre. Deux projets de loi sont approuvés, l’un amendant la loi électorale, l’autre établissant une autorité « indépendante » de supervision des élections. L’Assemblée nationale et le Sénat se saisissent immédiatement des deux textes, travaillant même le vendredi 13 septembre, pourtant jour de congés, afin de leur donner force de loi dès le 14. Le lendemain, Bensalah annonce dans un « discours à la Nation » la convocation du corps électoral et la tenue d’un scrutin présidentiel le 12 décembre. La présidence de l’autorité « indépendante » est confiée à un ancien ministre de la Justice de Bouteflika.

Bensalah, en bon petit soldat, a respecté à la lettre et au jour près les consignes du chef d’état-major quant à une convocation du corps électoral le 15 septembre. Comme si la mascarade n’était pas assez indécente, Gaïd Salah a même annoncé par avance que la participation à la prochaine élection serait « massive ». Il peut d’ores et déjà se féliciter du soutien de la Russie à ce passage en force, sur fond d’étranglement méthodique de la contestation populaire: deux figures emblématiques du Hirak, Karim Tabbou et Samir Benlarbi, viennent d’être emprisonnées, le premier pour « entreprise de démoralisation de l’armée », le second pour « atteinte à l’unité du territoire national », deux chefs d’accusation particulièrement graves; de nombreux protestataires pacifiques sont également arrêtés ces derniers jours, alors que Gaïd Salah ordonne à la gendarmerie de bloquer l’accès à Alger lors des cortèges du vendredi; de manière générale, les restrictions aux libertés d’expression et de manifestation se multiplient dans une vague de régression anti-démocratique.

La riposte populaire est cinglante: le 20 septembre, dans la capitale comme dans des dizaines d’autres villes, des foules de manifestants clament, pour le 31ème vendredi consécutif, leur refus d’une élection qui ne serait pas digne de ce nom. Ils accusent à cette occasion Gaïd Salah de vouloir  « gouverner le pays comme une caserne ». La comparaison est à l’évidence d’actualité.

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