Soudan: Les militaires tirent sur la foule, au moins 9 morts parmi les manifestants !

Le bras de fer entre les militaires au pouvoir au Soudan et la contestation a pris une tournure violente, lundi 3 juin, avec la dispersion par la force du sit-in des manifestants à Khartoum. Un comité de médecins fait état d’au moins neuf morts et de nombreux blessés. Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campent devant le siège de l’armée dans la capitale. Après avoir demandé le soutien des militaires contre le président Omar Al-Bachir, ils réclament désormais le départ du pouvoir des généraux.

Les relations entre les deux camps se sont tendues à la suite de l’échec des négociations le mois dernier, suivies des mises en garde du Conseil militaire qui dirige le pays depuis le 11 avril, date de la destitution, sous la pression populaire, du président Omar Al-Bachir. L’escalade est telle à la suite du déclenchement de cette opération de dispersion que les fers de lance de la contestation ont appelé à la « désobéissance civile » dans tout le pays et à « renverser » les généraux au pouvoir.

Lundi matin, des tirs provenant du lieu du sit-in, installé devant le quartier général de l’armée, ont été entendus par un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), qui a fait état d’un déploiement important des forces de sécurité dans les rues de la capitale. « Une tentative du Conseil militaire de disperser le sit-in par la force est en cours », a déclaré, dans un communiqué, l’Association des professionnels soudanais (SPA), acteur majeur de la contestation.

Appel à la « désobéissance civile »

Face à l’opération des militaires, les manifestants ont mis le feu à des pneus et érigé des petits murets avec des briques sur des routes accédant au lieu du sit-in, ainsi que sur d’autres axes de la capitale. Selon le Comité central des médecins soudanais, proche du mouvement de contestation, les forces de l’ordre ont tiré dans l’hôpital Charq Al-Nil et empêchent l’accès au Royal Care, un autre établissement hospitalier de la capitale. Il fait état d’au moins neuf morts, des « martyrs tués sous les balles du Conseil militaire », ainsi qu’un « nombre important de blessés graves ».

La SPA a condamné un « massacre » et appelé les Soudanais à « la désobéissance civile totale pour renverser le Conseil militaire perfide et meurtrier ». De son côté, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation dont fait partie la SPA, a appelé à des « marches pacifiques et des cortèges dans les quartiers, les villes, les villages », pour « renverser » le Conseil militaire. Elle a également demandé l’« intervention urgente » d’organisations humanitaires citant la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières (MSF). L’ambassade américaine au Soudan a réagi sur Twitter, en exhortant les généraux à « cesser » cette opération « injustifiée ». Le Conseil militaire en « porte la responsabilité », a-t-elle prévenu.

Mises en garde du Conseil militaire

Des négociations entre les deux camps visant à former un Conseil souverain, censé assurer la transition politique pour trois ans, ont échoué le 20 mai. Depuis, le Conseil militaire a multiplié les mises en garde à l’encontre du mouvement de contestation. Il a notamment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de « menace pour la sécurité et la paix publiques » et promettant d’agir « avec détermination » pour faire cesser cette situation.

Plusieurs personnes ont été tuées ces derniers jours dans des circonstances peu claires à proximité du lieu du sit-in. Des soldats et des agents des forces de sécurité avaient été déployés samedi autour de la rue du Nil, près du lieu du sit-in, empêchant l’accès à cette zone.

La SPA avait accusé le même jour les militaires de « planifier de façon systématique et de s’employer à disperser le sit-in pacifique (…) avec une force et une violence excessives ». Le mouvement de contestation avait appelé à une grève générale mardi 28 et mercredi 29 mai à travers le pays pour faire pression sur l’armée, mobilisant divers secteurs d’activité. Le 31, des centaines de Soudanais avaient manifesté, eux, en soutien à l’armée dans la capitale. Le lendemain, le patron de l’ONU Antonio Guterres avait exhorté les deux parties à reprendre les négociations.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Au Soudan, grève générale dans un climat de tension croissante

Le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah Abdelrahman Bourhane, s’est rendu récemment en Egypte, aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, trois pays qui lui ont affiché leur soutien. Le Conseil militaire avait fermé la semaine dernière le bureau de Khartoum de la chaîne d’information qatarie Al-Jazia, qui diffuse régulièrement des images des manifestations. Celle-ci a dénoncé une « totale violation de la liberté de la presse ».

A la tête du Soudan pendant près de trente ans, Omar Al-Bachir a été destitué et arrêté par l’armée le 11 avril sous la pression d’un mouvement inédit, déclenché le 19 décembre par la décision des autorités de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique.

Le Monde et AFP

PARTAGER